Il existe 1001 façons d’écrire. Certains vont écrire allongés sur leur lit de la musique en bruit de fond, d’autres ne vont trouver l’inspiration que dans un café bruyant, tandis qu’untel va préférer le silence d’une chambre presque close sur le monde. Bien souvent ces postures d’écriture vont varier dans le temps et parfois même dans une journée, le bistrot le matin et la solitude le soir. Il doit exister autant de façon d’écrire que d’auteurs. C’est formidable, ça ouvre un champ des possibles énorme.
Celui-ci se trouve aussitôt réduit à un tout petit carré de terre lorsqu’il s’agit de présenter ses textes aux autres.
L’édition papier reste la voie magique, rêvée, fantasmée par tous les auteurs en herbe et si l’auto-édition a le vent en poupe, elle reste trop souvent la voie choisie lorsque les lettres de refus des maisons d’édition se sont accumulées dans la boite aux lettres. Une erreur certainement mais il est difficile de renoncer au prestige du livre papier et des noms comme Gallimard, le Seuil, Actes Sud.
Pourtant et c’est en partie le propos de Charlotte Moreau dans sa dernière masterclass “s’autoriser à écrire”, si publier un livre est une réelle fierté, celle-ci ne fait pas vivre, loin de là. Avec à peu près 2€ gagnés sur un livre, il faut en vendre un sacré paquet pour arriver à payer ses courses familiales chez Leclerc … Le constat est injuste et amer mais écrire ne rapporte pas une clopinette et si l’on calcule le ratio temps passé/argent gagné, ce n’est plus une plume dont nous avons besoin mais d’une corde ...
Bref, écrire rend pauvre.
On pourrait se contenter d’écrire pour soi, tout en vantant les charmes de l’auteur incompris, mal aimé, ignoré malgré son talent … l’image peut être sacrément sexy. Ouais bof. C’est sexy dans les films surtout. Dans la vraie vie, l’auteur ne se contente pas de whisky pour accompagner ses personnages, il doit manger, nourrir les mioches, payer Engie et remplir le réservoir de la Peugeot une fois par semaine pour aller au boulot car oui, l’auteur doit avoir un vrai job.
Arrêtez d’envier les écrivains, ils ont une vie de merde.
Alors, quelles solutions ?
Charlotte, qui a pourtant publié trois livres déjà, propose une nouvelle voie dans quelques jours. Son nouveau-livre-qui-n’est-pas-un-livre comme elle le dit elle-même, va paraitre sous forme de feuilleton littéraire en ligne, sur la plateforme Kessel Média. Tous les 15 du mois, un nouvel épisode. Un extrait sera disponible gratuitement et si l'on souhaite en lire plus, un abonnement de 2€ nous est proposé. Je trouve ce choix à la fois courageux, audacieux et hyper inspirant.
Courageux. Pas évident de renoncer au prestige de l’édition.
Audacieux. La formule est nouvelle, encore très peu vue en France (et ailleurs ?)
Inspirant. Rêver d’un format long, c’est être face à une montagne, un Everest meurtrier de toutes les volontés et de toutes les motivations. Présenter son travail sous forme de chapitres est très déculpabilisant l’Everest semble moins dangereux. Le sommet est toujours aussi haut mais les bivouacs réguliers rendent l’ascension plus douce.
Je pense également à Alexandriane qui nous a offert tout l’été sur Instagram un feuilleton littéraire formidable “Richard”. Quel talent ! Écrire court est un exercice périlleux qui ne supporte aucune approximation, il faut taper juste en quelques phrases, le droit à l’erreur n’existe pas dans ce format.
Je cite aussi Manon Lecor, déjà publiée et qui travaille sur son second manuscrit qu'elle souhaite proposer à une maison d'édition mais qui, pour garder le lien avec ses lectrices et gagner un peu d'argent de son activité d'autrice, propose sur Patréon des nouvelles, des récits, des textes variés ...
J’avais envie à travers cette newsletter de partager avec vous leur travail et leur volonté de désacraliser l’écriture.
Lisez-les, elles sont formidables.
Je voulais aussi les remercier, elles m’ouvrent la voie vers une une autre façon de partager les mots.
Ce sont depuis 1000 idées de feuilletons que j’ai en tête et surtout enfin l’espoir que ce putain de format long autour duquel je tourne depuis des mois sortira bientôt de ma tête pour glisser vers vous.
Merci les filles !
